Initialement, j’avais prévu d’aller faire une rando en autonomie totale pour 5 jours.

Difficulté : Balisage côté espagnol pas toujours simple (il paraît que cela a été rectifié)

Le programme prévu :

  • J1 : Gavarnie -> refuge des Espuguettes -> refuge de Tuquerouye
  • J2 : Descente sur balcon de la Pineta, le cirque, collado de Anisclo, refuge de Goriz
  • J3 : Canyon d’Ordesa via el faja de Pelay et là je bifurquerai sur el circo de Carriata
  • J4 : je reste dans le coin entre la brèche de Roland et Tozal del Mallo, si j’en ai marre, retour
  • J5 : retour via brèche de Roland, col des Tentes, Gavarnie.

Il s’agit du programme envoyé à mon père (qui est un peu anxieux :) ).

Dans le sac à dos, j’ai à manger pour 6 ou 7 jours et de quoi dormir dehors (en étant un minimum à l’abri quand même). Je suis donc parti lundi, la météo annoncée était bonne pour 3 jours, dégradation jeudi et pluie à partir de vendredi.

Journée 1

C’est parti, je pars de Gavarnie. Je quitte rapidement le principal chemin qui mène à la cascade pour me diriger vers le refuge des Espuguettes (2027 m). J’y croise 2 employés qui se chargent d’arranger le chemin (un boulot de fou, je souhaiterais même pas le faire 1 heure, chapeau bas à eux).

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Je continue de grimper pour atteindre la hourquette d’Alans (2430 m). Le paysage est magnifique.

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De la hourquette d’Alans, impossible de voir le refuge (2819 m) que je souhaite rejoindre et le chemin descend, ça promet une belle montée. Je m’y attaque, quelques cairns permettent de voir la bifurcation mais il n’y a plus que de la caillasse. Je finirai malgré tout par retrouver le chemin qui mène à un mini col. Et là… wow, c’est assez raide et il y a un peu de neige. Plus j’avance et plus la glace est présente, je n’ai pas de crampons mais ça passe. Un névé me fera perdre quelques minutes, sans crampons, c’était tendu mais les pas d’un randonneur précédent me permettent de le traverser sans avoir trop peur (mais j’étais pas fier). Avec une certaine délivrance j’aperçois 4 Français qui déboulent d’en haut avec crampons, JOIE, ils me faciliteront la montée en cassant la glace. Ce qui ne m’empêche pas de monter à 4 pattes de temps en temps.

Enfin le refuge (2819), la journée est bien remplie, je ferai donc connaissance avec Alfonso avec qui j’échangerai quelques mots en anglais, un bon repas et dodo. D’ailleurs le soir, il devait faire entre 0 et 5° (dans le refuge). Vue depuis le refuge sur le mont Perdu et le Marboré

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Journée 2

Alfonso déjeune et décolle rapido, il a prévu de faire pas mal de choses. Pour ma part, c’est plus pépère, je pars vers 8 h 30. Je fais le plein d’eau au lac et en avant pour une descente dans le cirque de la Pineta. Je capte avec le portable et avertis mon père de la progression. La vue qui claque :

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Je sais que je dois bifurquer au milieu du cirque (1900 m) mais je ne discerne aucun chemin. Je finis par le trouver même si j’ai un peu galéré. Sur ce chemin, aucun cairn et le chemin… n’est plus. Je ne panique pas, la carte indique bien le chemin, je suis à peu près au bon endroit. Mais c’est le début d’une bonne galère, je suis censé trouver une chaîne à côté d’une cascade, je me tape du dénivelé à n’en plus finir à flanc de montagne à la recherche du chemin, de cette putain de chaîne, RIEN. Au niveau de la cascade, y a rien et hormis les isards (et moi), personne ne doit passer par là. Je décide du coup de longer le flanc de la montagne. J’arrive sur un endroit quasi à pic mais je vois enfin un chemin plus loin. J’ai 2 solutions, soit je tente de passer (et c’est super méga chaud, pas droit à l’erreur, mais vraiment) soit je redescends pour remonter… Je suis déjà bien claqué, ça doit faire deux heures voire plus que je galère, du coup, je m’avance pour voir un peu plus puis encore un peu plus. Je suis à flanc, avec le sac, les bâtons, il me reste une dizaine de mètres pour être au niveau d’une rivière à sec. Je suis déjà à 4 pattes depuis 20 bonnes minutes. Si je n’avais pas été seul, j’aurais décidé de rebrousser chemin depuis longtemps mais là, le moral à zéro, je tente. Je balance les bâtons et pour vous dire à quel point j’en suis rendu, je balance mon sac à dos (avec l’appareil dedans, c’est dire). Je prie pour que le sac s’accroche sur un sapin, que dalle mais il ne descendra que peu et sur une zone facilement accessible, heureusement pour moi. Accroché à la paroi, je passe, un putain de soulagement m’envahit en contradiction avec les risques inconsidérés, je ne le referai pas… Je ne regarde même pas l’état de l’appareil.

Je trace, prends une pause près d’une superbe cascade. Petit miracle, l’appareil n’a strictement rien. À vrai dire, ça m’a quand même bien coupé l’envie de prendre des photos. Par contre, mon téléphone portable ne fonctionne plus (mais a priori je peux appeler les secours, c’est un minimum rassurant). Du coup, j’avoue que tout ça fait que je vais revoir mon planning (météo pourrie le vendredi, plus possible de téléphoner).

Après un bon repas, je repars en direction du refuge de Goriz, j’ai pas mal de chemin à faire et pas mal de dénivelé (autant dire que j’en mène pas large). Je rejoins le GR11 (qui lui, est très bien indiqué) mais faut se taper un sacré dénivelé et l’épisode précédent a consommé pas mal de mes ressources, moralement ça va. Je grimpe mais m’arrête trop souvent, 17 h 00, je trouve un petit abri de pierre réalisé par un randonneur, je décide d’y passer la nuit. Je dois au moins être à 3 heures de Goriz et j’ai besoin de repos. Je mange tranquillou et m’installe pour passer la nuit (il est 18 h 00 !).

18 h 30, j’entends du bruit, j’hallucine complet, un couple de Tchèques passe pour rejoindre le Goriz. Vu l’heure, il faudrait randonner 2 heures dans la nuit mais bon, ça me motive pour les suivre. Je leur demande s’ils sont ok ? Yeah, come on. À peine je finis de ranger mes affaires qu’ils ont déjà tracé, mais bon ils m’attendent bien plus haut (ouf mais je le sens pas trop). J’ai pas récupéré et eux sont pleine bourre, la nana porte rien. J’avance à 2 à l’heure et je sens bien que ça les fait chier, la nana n’attend même plus. Ils finissent par me mettre 100 m dans la vue (le truc horrible pour le moral sérieux) et le mec me dit, on continue, on va poser la tente à Goriz… Qu’est-ce que tu veux que je te dise ?! …

J’en peux plus, je dormirai dans la montagne comme prévu initialement. Par contre, de nuit, je ne m’en suis pas aperçu mais j’ai dévié du bon chemin, j’avais pas la bonne frontale, et certains cairns m’ont mis sur une mauvaise route, je m’en suis douté rapidement mais je préférais trouver un abri pour passer la nuit. Une fois l’abri trouvé, je n’y dormirai que peu de temps, je suis mal installé et pas loin de dégringoler… Au final, je refais mon sac pour trouver un 3e endroit où pioncer.

Putain quelle journée !

Journée 3

J’avoue que l’envie de prendre des photos m’a un peu passé après tout ça et s’arrêter, sortir l’appareil du sac, le remettre, c’est vraiment lourd donc je n’en prendrai plus jusqu’à la fin de la rando. J’ai plutôt en tête le fait de joindre mon père par tél, retrouver le chemin. C’est décidé, je change mon programme, de Goriz, j’irai directement au refuge des Sarradets pour attaquer le retour.

Je me lève tôt avec les premières lueurs, un bon petit déj, café et c’est parti. Je m’aperçois de mon erreur de la nuit et finis par voir le chemin en contrebas et quand je dis contrebas, c’est pire que sur la seconde journée. Je joue la prudence à présent (et ce sera le cas pour les prochaines sorties…), je rebrousse chemin un peu et trouve d’autres cairns qui me mènent dans une brèche permettant de descendre assez facilement (j’étais à 2600 au lieu de 2500). Visiblement, je suis pas le seul à m’être planté ou alors il s’agit d’un passage pour faire autre chose mais j’ai rien sur ma carte.

Le GR11 retrouvé, j’avance bien, les pieds chauffent et je sens que les ampoules me guettent. Je croise un Espagnol qui m’indique que je suis à 1 heure de Goriz et juste après un Français. C’est un pur bonheur que de pouvoir discuter en FRANCAIS ! J’arrive à Goriz avec soulagement. Je vais voir la gardienne en lui demandant si je peux donner un coup de téléphone même s’il faut payer : “No, just emergency” Ok bye !

Je me restaure et en profite pour soigner les ampoules (3 à chaque pied !). 12 h 00, ça m’embête de dormir ici, mais pour rejoindre le refuge des Sarradets, j’ai 600 de dénivelé dont 300 à faire sur une courte distance, je sais d’avance que ce ne sera pas simple mais je sais que les portables captent là-bas et puis c’est du côté français. D’un autre côté, si je pars pas, je perds un jour, j’ai pas trop trop marché ce matin et me suis relativement bien reposé. Allez c’est parti ! Les derniers 300 de dénivelé sont difficiles mais je suis chaud et bien motivé. Un passage avec chaîne est assez terrible, faut vraiment pas se louper. La brèche passée, 30 min et c’est le refuge. J’arrive au refuge fatigué mais le moral est au beau fixe, il ne me reste presque rien pour rejoindre Gavarnie. Je demande au gardien si je peux passer un coup de tél, même réponse (on peut les appeler pour les réservations mais on n’a pas le droit de passer un coup de tél de 30 s ?!) Je demande aux randonneurs présents et un couple me permet de passer le coup de tél, un grand merci à eux.

Comme il est 17 heures, je préfère y passer la nuit. Il y a parmi les randonneurs un Français avec qui je discuterai un peu. Il se trouve qu’il rentre par le chemin que j’ai prévu de prendre.

Journée 4

Je rentre donc avec le Français, un Albigeois avec qui j’ai pu discuter tout le long. Cette petite rando est un parcours de santé comparé au reste. Arrivé à Gavarnie, une bonne binouse et c’est le retour !

Walou, 4 jours de rando bien remplis, pas mal d’astuces, de connaissances en ayant discuté à droite à gauche avec toutes les personnes rencontrées. Et surtout pas mal d’expériences acquises avec les quelques galères qui me sont arrivées.

Alors je n’écris pas ça pour me faire fusiller sur les erreurs que j’ai commises, ça m’a servi de leçons mais ça peut éventuellement servir à d’autres randonneurs. Côté espagnol, je ne le savais pas mais hormis les chemins souvent empruntés, les autres sont assez mal indiqués voire pas du tout par endroit. * *

Prochain achat : probablement des crampons !

Niveau poids du sac, tout compris (eau et alimentation), j’étais à 12 kg (dont 2,5 kg de matos photo) et pouvais donc tenir 6 jours facile (niveau bouffe : barres céréales, café soluble pour avoir chaud le matin, pain d’épices, et du lyophilisé).